Parce que je ne veux pas oublier cette atmosphère opaque d'encens. Cette manière prodigieuse et intense de jouer du piano. Cette transe artistique qui la possède et l'articule. Ce petit bout de femme hanté. Le 06 Nov.
Bien mis en jambes par cette bonne introduction, très bien placés (au milieu tout devant), le doute étreint un tout petit peu. C'est que l'excellent album d'Anja Franzbasch (ou Plaschg, les versions varient) attisait l'attente. Sombre, viscéral, il ne tolère pas la demi-mesure. Le doute durera trois secondes exactement, le temps qu'à mis cette boule à me monter à la gorge. Elle ne me déserrera plus. Le piano mélodique en diable passe donc parfaitement, mais qu'en sera-t-il de la voix ? Pareil. Et cette impression durera tout le set. Quand on a autant usé un album que le premier de Soap & Skin, on ne peut théoriquement plus être surpris par un morceau. Et pourtant si. Il est difficile d'extrapoler une réaction personnelle à une salle entière mais l'ambiance était tellement à la concentration que les deux morceaux se sont enchainés sans blanc, donc sans applaudissement. Le portable sur son piano à queue a lancé les accompagnements, mais c'est surtout le duo voix-piano qui a tout emporté. Pas de commentaires entre les morceaux, juste un "thank you" qu'on devine plus qu'on entend. C'est qu'Anja est véritablement habitée, emplissant la salle d'une intensité absolument unique. Mais on n'est pas au bout de nos surprises. La lumière s'éteint, et elle avance vers le rebord de la scène, descendant la petite dénivellation à tâtons en s'appuyant sur nous. Elle fera quelques pas dans le public, s'assoiera même un moment, avant de fixer du regard des spectateurs qui devaient se poser bien des questions. D'un très intense moment musical, on vire au presque flippant. La suite viendra le confirmer, cette musique-là se vit. Et quand elle hurle hors micro, ou assène un déchirant "please help me" (sur Spiracle) véritablement déchirant, on sent son échine être le siège d'étranges phénomènes... Pas la peine de disséquer la set-list qui reprend tout l'album. Fait remarquable, il n'y aura à aucun moment de baisse de régime, de récupération, de répit pour des nerfs à bout.
C'est debout qu'elle interprètera son sa terrible Marche funèbre. Et puis elle reviendra. Juste une fois. Il nous faudra alors sortir. Attendre une bonne demi-heure pour récupérer un peu, en silence, se demandant ce qui s'est passé...